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Death Eyes: L'assassinat dans le métro

Death_eyes_4 Mars 2006


Keri_russell_4 (life-flash of Sarah Ann Leigh)

Dans le métro, assise en plein milieu du wagon, je contemplais furtivement mes compagnons de voyage, tenant sur mes cuisses un livre ouvert au cas où on me surprendrait d’un regard.
    Depuis mon arrivée à San Francisco, je m’attardais beaucoup à tout ce que les autres pouvait bien faire autour de moi. J’aimais prétendre que je pouvais exister à travers leurs gestes. Dans le métro ou au café du coin. Ou encore au travail. Et en croisant régulièrement certains, je pouvais pousser plus loin cette rêverie en me donnant l’impression de les connaître et de faire partie intégrante de leur quotidien.

    Quelle petite conne, je pouvais bien faire. Je savais bien que cela n’arriverait jamais. Du moins, plus...   


 Ce matin là, mon regard s’invita d’abord au sein d’une jeune petite famille qui se tenait de l’autre côté du couloir. Un père avec ses deux filles. Il essayait calmement de stopper la chamaillerie de celles-ci. Il semblait complètement dépassé par les évènements.


    Le pauvre…

    Je souris tendrement.
   Puis je me glissai entre le petit couple d’âge mûre devant moi. L’homme couchottait quelque chose à l’oreille de sa compagne et elle en riait. Ils se tenaient par les mains. Il lui en caressait le haut. Ils semblaient heureux. Ensuite, le regard fouineur s’attarda une jeune femme debout qui s’était enroulée autour d’une barre pour pouvoir lire tranquillement son livre. A ses côtés, un jeune homme la regardait aussi furtivement. Il remarqua que je l’avais surpris. Discrètement, et comme si rien n’était, il se refrogna au fond de son siège en enfonçant plus profondément ses écouteurs dans les oreilles.
    Je souris de nouveau, enchantée.
    Et finalement je fixai longuement l’homme qui se tenait à mes côtés.
   Avec ses traits fermes et carrés, ses cheveux grisonnants et ébouriffés et ses yeux noisette, il ne manquait pas de charme. Sentant sûrement mon regard, il se tourna vers moi et me sourit avant de m’embrasser tendrement sur la joue. Je pressais sa main dans un geste plein de douceur et caressa son poignée de mon pouce.
   Cela faisait à peine quelques jours que je venais de débarquer en ville lorsqu’elle le rencontra. C’était dans un petit square non loin de chez elle. Ayant eu une forte envie de sortir et d’oublier un peu sa peur, elle s’était aventurer à se poser sur un petit banc dans ce parque. Il lisait lui aussi. Quelques heures plus tard, ils se retrouvaient tous les deux dans son appartement qu’elle n’avait plus quitté depuis six mois.
    J’étais heureuse.
    Alors, tout d’un coup, un sentiment d’oppression m’envahit. Je me détournais de ma contemplation pour me fixer sur le défilement des images par la fenêtre.

    Il faudra un jour que je lui dise

    Le métro s’arrêta encore. Une fine brise d’air mêlée de fraîcheur et de pollution se glissa entre les portes à peine ouverte.
    Un frisson transperça mon corps, me poussant à resserrer un peu plus mon imperméable. Puis, je vis cette jeune fille qui se tenait sur le quai et devant ma fenêtre. Il me semblait qu’elle me connaissait.

  Oui, c’était la jeune femme du parc, celle qu’elle avait rencontrée hier. Elle a l’air si nerveuse et son manteau est si grand…

    Un moment, qui me sembla une éternité, nous nous fixâmes droit dans les yeux et alors dans la profondeur de ses yeux sombres, j’ai pu lire la peur et l’horreur qui allait se dérouler quelques instants plus tard.
   Alors que la son strident de la sonnette commençait à annoncer le départ, je la vis s’engouffrer avec énergie dans le wagon. Elle ne tenait compte d’aucun passant devant elle et les bouscula un à un. Des injures furent lancées dans le vide. J’entendais le martèlement de ses pas se rapprocher doucement au même rythme que les battements de mon cœur. Et puis tout s’arrêta d’un coup.
    Une respiration saccagée arriva à mes oreilles.
   Dans ma poitrine, mon cœur battait si fort que j’avais la drôle l’impression qu’il allait en sortir de moi à d’un moment à l’autre.
    Je tournai la tête.
   La jeune fille se tenait à nouveau devant moi, entre deux rangées. Elle tenait à la main tremblante une arme qu’elle fixait sur moi. Ses yeux étaient devenus presque vitreux sous l’effet de l‘angoisse.
    Tout autour de nous, des cris filaient et résonnèrent contre les parois métalliques du wagon. 
    Malgré la peur qui me tenaillait, je ne dévia pas mon regard et la fixais de toute l’intensité qui me restait encore. Et je sentis même un sourire se désigner sur mes lèvres avant que mes yeux ne se ferment d’eux-mêmes.
    Un bruit sourd m’assombrit.

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