Death Eyes: Le messager
(life-flash of Jason Watson)
Malgré la pleine lune,
en quelques heures seulement la ville de San Francisco se retrouva plongée dans
une épaisse obscurité. Et une fine brise s’était levée doucement et chassait
les derniers vestiges d’une superbe journée d’été.
Sur le rebord de ma
fenêtre, je contemplais ce spectacle avec une grande sérénité. Un fort
sentiment de nostalgie et de plaisir courrait dans mes veines. Et pour la
première fois depuis longtemps je me sentis à nouveau calme et paisible. Comme
en parfaite symbiose avec cette sérénité extérieure. Tout cela me bouleversais
terriblement tant j’avais oublié ces intensités.
Un sifflement arriva à
mes oreilles, coupant coup à ma rêverie.
Je jetai un rapide
coup d’œil par-dessus mon épaule, vers l’autre côté de la pièce.
Là, à même le sol, s’étendait
un matelas où la forme presque invisible d’un corps se désignait au rythme
quelque peu agité d’une respiration.
Il ne doit pas avoir l’esprit bien tranquille ce soir…
Me concentrant sur ces
mouvements bridés, je refermai mes yeux. Quelques minutes s’écoulèrent avant
que je ne les rouvrais et que je ne constatai que je n’étais plus sur le bord
de la fenêtre mais me retrouvais sur ce même lit que je contemplais, allongé à
ses côtés. Et constatai avec beaucoup plus de surprise que je n’eue aucun mal à
m’adapter tant les fibres du matelas n’épousèrent mon corps avec précision
comme si ma place avait toujours été là.
Des images floues
brouillèrent quelques instants mon esprit. Et aussi soudainement qu’elles
étaient apparues, elles disparurent aussitôt.
Bien que troublé, je
repris mes esprit et me releva alors un peu en appuyant bien ma tête sur la
paume de ma main.
La noirceur de la
nuitée était encore bien compacte. Je plongea encore plus intensément le regard
sur ce qui semblait être son visage. C’était un homme qui était là endormi. Un
homme que je connaissais et dont le souvenir m’échappait complètement. Et
pourtant, je sentis soudain en moi une forte envie, presque instinctive, de le
toucher et de découvrir son visage. Mais cela n’était pas dans mes fonctions.
A nouveau une
sensation d’anxiété m’envahit et des larmes se mirent à descendre le long de
mes joues. Je comprenais rien à ce qui m’arrivait et qu’est ce qui aurait bien
pu me lier à cet homme, et j’étais cependant dans un état de grande détresse en
sa présence.
Que m’arrive-t-il ?
Encore une fois, j’essayai
de reprendre le contrôle de mon mental, et en plus de mon corps.
Sa respiration s’accéléra.
Un petit sanglot s’échappa
de ma bouche.
Liliane… Liliane… Jason... Liliane... murmura-t-il
dans son sommeil.
Je
refermai à nouveau les yeux pour la troisième fois, et de nouvelles images,
lointaines et montées comme un film, défilèrent à toute vitesse derrière mes
paupières.
Un petit garçon courre à toute jambes dans
un petit pré. Il riait aussi. Ses parents, non loin derrière, le regardaient
avec émerveillement. Puis, soudain, il trébucha, des larmes coulèrent un
instant sur son petit visage et puis il se releva avec fierté. Et repris sa
course…
La force de ce souvenir me coupa le souffle.
Net. Il était si intense et vibrant que je pouvais presque sentir le parfum de
l’éclosion des fleurs au début du printemps.
Je rouvris les yeux et je le fixai à nouveau.
Sa respiration avait repris un rythme plus
stable.
Alors qu’un souffle glacial s’échappa de ma
bouche, je levai le bras qui me restais et passa ma main sur son visage sans le
toucher pour autant.
Il respira fort d’un seul coup, puis recommença
à respirer normalement jusqu’au moment où il expulsa un dernier soupire. Il mourut.
Shut… Bienvenue dans mon monde…
La lune reprit sa place et pénétra dans la
pièce par la fenêtre. Sa lumière gagna peu à peu tout l’espace jusqu’à s’arrêter
au mur qui supportait l’autre côté, à la hauteur d’un lit où reposait inerte le
corps d’un homme.
Rédigé par: ALIOU | 07/10/2007 at 22:12