Avril 2006
(flash of Tomas Alvaro)
Une jeune femme s’approche de nous et s’arrête
à ma hauteur. Je me tourne vers elle et la regarde d’en bas. Malgré les amples
habilles qui la couvrent, on voit, et en ressens à la fois, l’état de grande
détresse dans lequel elle est. Tout son corps semble épuisé et tremblant.
Je lui jette un regard que je veux compatissant
et sincère. Un sourire se désigne sur mes lèvres.
Mais elle ne me regarde pas. Elle se
tient là simplement, et fixe de mon autre côté.
Elle regarde Sarah.
Je me tourne alors vers ma compagne et je la vois qui lui sourit aussi.
Elle est si paisible. Aucune peur ne semble la toucher. Elle me regarde durant
une brève seconde avant de fermer ses yeux.
Boum…
Du sang gicle bruyamment sur mon visage. Je vois la tête de Sarah
exploser la fenêtre du métro sous l’impact de la balle qui venait de déchirer
tout son visage. Des cris de terreur envahissent tout l’espace. J’entends des
gestes et des pas s’agiter dans tous les sens. Et pourtant, je ne bouge pas. Je
reste fixer sur l’image du corps inerte et défiguré de celle que j’aime. Je ressens
rien. Je suis juste là à la regarder se vider doucement de son sang…
Mes yeux s’ouvrirent soudain et me
rendit compte que je me retrouvais dans mon salon, allongé à même le sol. Une
odeur nauséabonde me grilla tout de suite ce qui me restait d’odorat. Et ce ne
fût rien comparé au foudroyant mal de crâne qui éclata dans ma tête.
Je laissai quelques minutes de répits
avant d’essayer de me reprendre et de me lever. Puis après une bonne
cinquantaine de claquements des paupières pour chasser les résidus de je ne
sais quoi de mon esprit, je me relevais doucement et m’assis bien que mal.
Les rideaux étaient tirés plongeant
tout l’appartement dans une semi pénombre où seul quelques rayons et la lumière
de la télévision permettaient de distinguer quoi que ce soit. Comme autres
fournitures, il y avait un canapé trempé ce qui semblait être des résidus de
mon estomac, d’après l’odeur, et une vieille table basse où pourrissaient des
restes de nourriture. Des bouteilles de bière vides, des vieilles photos et
albums étaient oubliées dans toute la. On aurait dit qu’on avait oublié de
faire le ménage dans cet appartement depuis des semaines. Depuis la mort de
Sarah.
A cette simple pensée, je sentis
toute énergie m’abandonner sous le poids du chagrin. Je ramena mes jambes vers
ma poitrine et y cacha ma tête. Des sanglots s’échappèrent sans que j’arrive à
les retenir. J’avais encore si mal. Elle me manquait tellement.
Je restais là un moment sans bouger
et tout devînt noir.
Puis, lorsque je sentis une fine
chaleur caresser mon coup, je relevai la tête les yeux encore mouillés. Le peu
de soleil présent s’était avancé jusqu’à ma hauteur.
Un petit bruit au fond de mon ventre
m’indiqua que la faim devait sûrement me ronger.
Quelques minutes plus tard, je me
remis debout péniblement et me dirigea vers la salle de bain en essayant d’éviter
d’écraser quelque chose. Arrivé là, je mis la douche à couler avant de m’arrêter
devant le miroir. Je fus incapable de me reconnaître dans l’image qu’il me
renvoya. L’homme qui se tenait devant moi était un homme meurtri et défiguré. Derrière
une barbe de plusieurs jours, on pouvait distinguer un visage creusé par le
manque d’alimentation et de sommeil. Une touffe presque brune pendouillait
littéralement sur ses contours. Et ce qui avait été les yeux d’un bleu vif n’étaient
plus que des eaux sales et sans vie.
Je m’appuyai sur le rebord du lavabo
pour mieux contempler cette image.
Quelle horreur...
Avec mon corps endolori par ce
mauvais traitement et entre deux sanglots, je mis un certain temps pour me
doucher et m’habiller correctement. Puis, pendant les trois heures que
suivirent, je les passai à ranger l’appartement pièce par pièce en essayant de
le donner un peu plus de vie.
Puis, bien décidé à reprendre des
forces et de me reprendre, je me retrouvais dans la cuisine, à table, devant un
bol de ce que j’avais espéré être du café, vu que je n’avais plus fais les
courses depuis un moment, où nageaient quelques céréales solitaires. Une musique
de fond provenant du salon dansait dans l’air.
Alors que je tournais la cuillère
dans mon bol, mon regard se fixa sur une vieille photo de Sarah qui trônait sur
le frigo. Elle devait avoir environ vingt ans et c’était avant qu’on se rencontre.
Car ses cheveux blond blé étaient devenus quelque peu rougeâtres. Elle avait essayé
une coloration maison qui visiblement avait ratée. Elle souriait à l’objectif.
Avec tristesse, mais touchée par
cette image, je lui souris à mon tour.
Soudain, une douleur terrible me
foudroya à l’intérieur de ma tête. Sous l’impact de la douleur, je portais les
mains sur mon visage. J’avais mal. Sous une telle décharge d’adrénaline, tout
mon corps se tendît à m’endolorir encore plus. Puis des images se formèrent
dans ma tête.
Je me tiens près d’une des fenêtres de ce qui ressemble vaguement à une
chambre d’hôtel. Je ne suis pas seul. Eparpillés un peu partout dans la pièce,
j’arrive à distinguer trois femmes et deux hommes. Ils semblent tous aussi
angoissés que moi. On me serre la main et je me rends compte que je tiens la
main d’une autre jeune femme. Je la reconnais tout de suite. C’est celle qui a
tué Sarah. Elle aussi semble terrifiée. Des cris. Je regarde deux des hommes
qui se disputent. Je n’entends pas ce qu’ils se disent. Une des femmes essayent
d’intervenir. Un des deux se tourne alors vers celle qui se tient à mes côtés.
Sans savoir pourquoi, je lui serre la main et je la regarde tendrement.
Je comprends mes mots et m’entends prononcé :
« T’inquiètes pas, Emily. »
Elle me sourit. Je reviens vers
les deux autres qui continuent de se disputer. Un pistolet fait son apparition
dans la main du plus jeune. Il semble très remonté et vise ma compagne. Je me
rapproche d’elle d’un geste protecteur. L’autre homme et l’autre jeune femme
continue d’essayer de le raisonner. Puis enragé et au bout, il nous regarde
droit dans les yeux et avant que les autres ne puissent l’empêcher il tire. Je
me sens propulsé en arrière et m’effondrer sur un autre corps. Une fenêtre qui
éclate et ma tête qui frappe son bord. Je m’écrase sur le sol. On m’a tiré dessus. Encore des cris qui m’entourent.
Des visages se rapprochent de moi. Et j’en vois certains me dépasser. Puis je
sens que la vie s’échappe de mon corps. J’ai froid… Je les vois plus… Je ne
vois plus rien du tout…