Death Eyes: L'assassinat dans le métro
(life-flash of Sarah Ann Leigh)
Dans le métro, assise en plein milieu du wagon, je contemplais
furtivement mes compagnons de voyage, tenant sur mes cuisses un livre ouvert au
cas où on me surprendrait d’un regard.
Depuis mon arrivée à San Francisco, je m’attardais beaucoup à tout ce
que les autres pouvait bien faire autour de moi. J’aimais prétendre que je
pouvais exister à travers leurs gestes. Dans le métro ou au café du coin. Ou
encore au travail. Et en croisant régulièrement certains, je pouvais pousser
plus loin cette rêverie en me donnant l’impression de les connaître et de faire
partie intégrante de leur quotidien.
Quelle
petite conne, je pouvais bien faire. Je savais bien que cela n’arriverait
jamais. Du moins, plus...
Le pauvre…
Je souris tendrement.
Puis je me glissai entre le petit couple d’âge mûre devant moi. L’homme
couchottait quelque chose à l’oreille de sa compagne et elle en riait. Ils se
tenaient par les mains. Il lui en caressait le haut. Ils semblaient heureux.
Ensuite, le regard fouineur s’attarda une jeune femme debout qui s’était
enroulée autour d’une barre pour pouvoir lire tranquillement son livre. A ses
côtés, un jeune homme la regardait aussi furtivement. Il remarqua que je l’avais
surpris. Discrètement, et comme si rien n’était, il se refrogna au fond de son
siège en enfonçant plus profondément ses écouteurs dans les oreilles.
Je souris de nouveau, enchantée.
Et finalement je fixai longuement l’homme qui se tenait à mes côtés.
Avec ses traits fermes et carrés, ses cheveux grisonnants et ébouriffés
et ses yeux noisette, il ne manquait pas de charme. Sentant sûrement mon
regard, il se tourna vers moi et me sourit avant de m’embrasser tendrement sur
la joue. Je pressais sa main dans un geste plein de douceur et caressa son
poignée de mon pouce.
Cela faisait à peine quelques jours que je venais de débarquer en ville
lorsqu’elle le rencontra. C’était dans un petit square non loin de chez elle.
Ayant eu une forte envie de sortir et d’oublier un peu sa peur, elle s’était
aventurer à se poser sur un petit banc dans ce parque. Il lisait lui aussi.
Quelques heures plus tard, ils se retrouvaient tous les deux dans son appartement
qu’elle n’avait plus quitté depuis six mois.
J’étais heureuse.
Alors, tout d’un coup, un sentiment
d’oppression m’envahit. Je me détournais de ma contemplation pour me fixer sur
le défilement des images par la fenêtre.
Il faudra un jour que je lui dise
Le métro s’arrêta encore. Une fine
brise d’air mêlée de fraîcheur et de pollution se glissa entre les portes à
peine ouverte.
Un frisson transperça mon corps, me
poussant à resserrer un peu plus mon imperméable.
Oui, c’était
la jeune femme du parc, celle qu’elle avait rencontrée hier. Elle a l’air si nerveuse
et son manteau est si grand…
Alors que la son strident de la
sonnette commençait à annoncer le départ, je la vis s’engouffrer avec énergie
dans le wagon. Elle ne tenait compte d’aucun passant devant elle et les bouscula
un à un. Des injures furent lancées dans le vide. J’entendais le martèlement de
ses pas se rapprocher doucement au même rythme que les battements de mon cœur.
Et puis tout s’arrêta d’un coup.
Une respiration saccagée arriva à mes oreilles.
Dans ma poitrine, mon cœur battait si fort que j’avais la drôle l’impression
qu’il allait en sortir de moi à d’un moment à l’autre.
Je tournai la tête.
La jeune fille se tenait à nouveau
devant moi, entre deux rangées. Elle tenait à la main tremblante une arme
qu’elle fixait sur moi. Ses yeux étaient devenus presque vitreux sous l’effet
de l‘angoisse.
Tout autour de nous, des cris filaient et résonnèrent contre les parois
métalliques du wagon.
Malgré
la peur qui me tenaillait, je ne dévia pas mon regard et la fixais de toute l’intensité
qui me restait encore. Et je sentis même un sourire se désigner sur mes lèvres
avant que mes yeux ne se ferment d’eux-mêmes.
Un bruit sourd m’assombrit.
